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Article 2.-
Les objectifs de cette Association sont les suivants: LA DÉFENSE DES VALEURS RÉPUBLICAINES ET LA RÉCUPÉRATION DE LA MÉMOIRE HISTORIQUE

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Éduquer pour être libres...
L’école sous la IIème République Espagnole

Groupe des enfants

Cantine scolaire à Irun

Ces cantines scolaires furent créées pour les enfants des zones rurales et des familles défavorisées. L’accord municipal obligeait cependant à accueillir chaque jour, à tour de rôle, deux enfants de familles bien nanties. Et on y mangeait vraisemblablement bien, puisque, paraît-il, ces derniers attendaient impatiemment leur tour pour pouvoir déjeuner à la cantine.

Le 14 avril 1931 est proclamée la IIème République dans tout l'État espagnol. Une opportunité pour toute la population. Finie la sombre ambiance de la monarchie d'Alphonse XIII et la minable dictature de Primo de Rivera. La IIème République Espagnole incarnait la démocratie et la modernité, la liberté, l'éducation et le progrès, l'égalité et les droits universels pour tous les citoyens.

Et l’école publique, obligatoire, laïque, mixte, inspirée par l’idéal de la solidarité humaine, où l’activité était l’axe de la méthodologie. L’école de la IIème République espagnole. Parmi toutes les réformes entreprises à partir d’avril 1931, la plus remarquable est celle de l’enseignement. «Sans le moindre doute, la meilleure carte de présentation de la République fut son projet éducatif», affirme le Professeur d’Histoire de l’Éducation à l’Université d’Alcalá de Henares, Antonio Molero. «Effectivement, l’éducation fut la pierre angulaire de toutes les réformes, car pour implanter un État démocratique il fallait compter sur une population alphabétisée. L’État éducateur», ratifie Consuelo Domínguez, Docteur en Histoire à l’Université de Huelva. Tous deux sont spécialisés en l’enseignement de la IIème République, un ambitieux projet que les enseignants de l’époque accueillirent avec enthousiasme.

Le 14 avril 1931, la République se retrouve face à une Espagne analphabète, sous-alimentée et envahie par les poux, mais avide d’apprendre. Et les plus illustres écrivains, poètes, pédagogues se mettent aussitôt au travail, pour déployer, de village en village, une culture ambulante.

En attendant l’approbation de la Constitution, qui sera approuvée en décembre, le Gouvernement met en œuvre, par décret, les premières mesures urgentes: reconnaissance de l’État pluriel et des différences linguistiques (respect de la langue maternelle des élèves) et Unanumo est désigné pour diriger le Conseil d’Instruction Publique, chargé des futures réformes.

La création progressive de 27.000 écoles est envisagée et, en attendant, les communes aménagent les locaux nécessaires pour éduquer les enfants. Et les adultes. «On sait de l’existence de petites écoles dans certaines salles d’autopsie des cimetières. Partout où l’on pouvait en créer une». Et les maîtresses d’écoles jouèrent un rôle primordial, enseignant chez elles avec des subventions municipales.

La République tenait à remplir les écoles des meilleurs enseignants. Mais ces derniers avaient une formation aussi limitée que leur salaire. Marcelino Domingo, à la tête du Ministère de l’Instruction Publique, et Rodolfo Llopis, Directeur Général de l’Enseignement Primaire, impulsèrent l’élaboration du «meilleur Plan Professionnel pour les enseignants de toute notre histoire», affirme Domínguez. Et Antonio Molero utilise pratiquement les mêmes termes pour défendre cette même idée. Le salaire misérable de ces enseignants dévoués est augmenté à 3.000 Pesètes et des stages de recyclage didactique sont organisés pour eux. Au cours de ces Semaines Pédagogiques, des inspecteurs les aident à approfondir leur formation. La carrière d’Enseignant, élevée au rang universitaire, dignifie la figure du maître d’école et du professeur. Pour exercer le métier d’enseignant, il faut dorénavant avoir achevé le Baccalauréat avant de pouvoir s’inscrire dans les Écoles Normales, pour y suivre de cours de pédagogie. La dernière année, les étudiants réalisent des stages pratiques payés. «Les enseignants devinrent ainsi les personnes les plus cultes, les intellectuels des villages et, malgré la précarité dans laquelle ils vivaient, il exerçaient leur tâche avec dignité», déclare Consuelo Domínguez.

Et c’est ainsi que commence à se tisser un système éducatif principalement centré sur l’élève, qui était le protagoniste des cours et de sa propre formation. Les enfants se rendent à la campagne pour étudier les sciences naturelles, les leçons récitées monotonement par cœur sont remplacées par des débats participatifs et pédagogiques ; les garçons et les filles sont éduqués ensemble et à l’égalité des sexes, sans soubresauts depuis la maternelle jusqu’à l’université. «Une école qui éduquait les enfants compte tenu de leur capacité, de leur attitude, de leur vocation, et non pas de leur situation économique. L’éducation publique était financée, ce qui ne plaisait nullement à l’école privée», rappelle Molero. «Tout était enveloppé de l’arôme pédagogique de l’Institution Libre d’Enseignement, qui était le support intellectuel sur lequel s’appuyait la République, l’éducation étant cependant laïque».

Laïque et unifiée, deux termes qui semèrent la terreur dans les rangs conservateurs. La Constitution une fois approuvée, le Ministre Fernando de Los Ríos affronte la réforme la plus radicale et conflictuelle : la dissolution de la Compagnie de Jésus. Les Ordres Religieux ne pouvant plus dispenser de formation et les enseignants se voyaient «libérés» de l’obligation de dispenser la doctrine religieuse en classe.

«Une mesure certes discutable dans un régime de libertés, mais cependant constitutionnelle», assure Molero. «L’Espagne de l’époque n’était peut-être pas préparée pour ces changements», raisonne Domínguez. Quoi qu’il en soit, la politique de substitution de l’école religieuse «échoua, car les Ordres Religieux mirent les écoles dans les mains de laïques aux droits civils reconnus. Donc la même chose mais sous un autre nom. À tel point que le nombre d’établissements privés était plus élevé en 1935 qu’en 1931». Des établissements privés auxquels il leur était permis de fixer leur idéologie.

La dite école unifié, durement critiquée par les conservateurs, n’était pas «la cession à l’État du monopole éducatif. Il s’agissait d’une éducation sans échelons, permettant un parcours fluide et constant d’un niveau à l’autre»

En 1933, de nouvelles élections ont lieu. Les femmes votent pour la première fois et la droite - la CEDA de Gil Robles – arrive au pouvoir. Les progressistes assistent au démantèlement partiel du système établi. «Ils se donnèrent eux-mêmes deux ans pour la rectification», rappelle Cristóbal García, Professeur d’Histoire Contemporaine de l’Université de Huelva. Le financement destiné à l’éducation est réduit et les mesures laïques, quoique non dérogées, sont escamotées.

«Ces deux années de rectification furent consacrées à entraver, voire à éliminer, les mesures précédentes», critique Molero. Mais elle se doit de mentionner deux initiatives importantes de cette époque: «Un bon plan de Baccalauréat et la création d’une commission pour la réforme technique de l’école, qui n’arriva malheureusement pas à donner ses fruits». Les Ministres de l’Instruction se succédaient constamment: «Au total, 16 durant la République. Impossible donc de mettre en œuvre des politiques à long terme», regrette Molero. Ensuite, vient le Front Populaire et, postérieurement, le coup d’État, extrêmement néfaste pour l’éducation.

Missions Pédagogiques et Colonies Scolaires

Avant de commencer à éduquer, la République se voit forcée de donner à manger aux enfants. Voire de les habiller. Il y avait des cantines et des vestiaires scolaires et les Colonies Scolaires, mises en place par Bartolomé Cossío, se consolident. Les enfants partent à la mer ou à la montagne, font du sport et s’amusent. Mais, et surtout, ils mangent. «En 15 jours, certains prenaient 4 kilos», raconte Consuelo Domínguez, Docteur en Histoire, qui a analysé en profondeur cette question.

Certaines mesures urgentes, qui ne pouvaient attendre, sont adoptées par décret, jusqu’à l’approbation de la Constitution. Le Professeur d’Histoire Contemporaine de l’Université de Huelva Cristóbal García retrouve dans certaines d’entre elles un esprit très réformiste: «Le plus révolutionnaire de l’époque, après l’alimentation, ce sont les Missions Pédagogiques», dont le Patronage était également présidé par Cossío et dont se souviennent encore les plus âgés des villages. Des camionnettes déglinguées parcouraient les villages et les hameaux les plus éloignés, avec leurs bibliothèques itinérantes, leurs projections cinématographiques, leurs théâtres, leurs musées ambulants. À l’époque, 70% des hommes étaient analphabètes et les femmes bien davantage. À ces Missions Pédagogiques participèrent de grands poètes, des écrivains célèbres et des enseignants, munis de leur cravate et cartable, que les riverains transportaient à dos d’âne là où les camionnettes ne pouvaient accéder.

Il fallait ouvrir des écoles, beaucoup d’écoles. Et avec les meilleurs enseignants. C’est le contexte historique que décrit Rodolfo Llopis (1885-1983), Professeur et Directeur Général de l’Enseignement Primaire entre 1931 et 1933, la période des grandes réformes. Dans son livre «La révolution à l’école» (publié en 1933 et réédité en facsimilé par Biblioteca Nueva), Llopis fait le bilan de sa politique et des idées qui impulsèrent les différentes initiatives menées.

  • Les écoles. Pour combattre l’ignorance, «un seul moyen: l’école». «Créer des écoles, beaucoup d’écoles, un peu partout. Car partout elles germineraient, elles trouveraient la terre prête à donner des fruits et à les faire vivre pleinement». «Il faudra prendre bien soin d’elles durant toute leur existence. Les protéger. Veiller à leur progrès et perfection».
  • Le maître d’école. «Il est l’âme de l’établissement scolaire». «Sans bons maîtres d’école, toute démarche menée s’avèrera stérile». «Il fallait se préoccuper d’eux, mais surtout des ruraux». «Avec une sincérité que l’on aurait aimé retrouver dans les autres secteurs du pays, ils avouaient que s’ils n’arrivaient pas à faire plus et mieux c’était par manque de moyens, qu’ils ne pouvaient transmettre que ce qu’eux-mêmes avaient appris. Mais ils savaient qu’ils pouvaient faire davantage et ils étaient avides de savoir».
  • L'inspection. «La réforme de l'enseignement primaire ne sera complète sans un travail d'inspection efficace [...]. Il fallait atteindre toutes les écoles, y compris celles des hameaux les plus éloignés et collecter toute l'information exacte sur la réalité scolaire».
  • La religion. «Nous commençons maintenant à sortir d’une époque où l’Église dominait tout. L’État possédait sa religion officielle». «On a prétendu combattre [...] le laïcisme en affirmant que la suppression de l’enseignement religieux impliquait la suppression de la morale de l’école. Comment est-il possible que certains prétendent encore associer morale et religion?» «L’école laïque ne délaisse pas la formation morale. Elle oblige à réfléchir sérieusement sur ces questions.»
Groupe des enfants avec le drapeau républicaine

 L’école pour filles El Saucejo (Séville), où est née Dolores Velasco Torres, était, en 1920, une bâtisse écaillée qu’elle commença à fréquenter à l’âge de trois ans, aux côtés de quarante autres fillettes. Elle avait de la chance, son grand-père était maître d’école… L’un des 36 cumulés par la famille Velasco tout au long de quatre générations.

Elle se souvient de la manière dont on encourageait la participation des élèves, à l’aide de questions, pour attirer leur attention et éveiller leur curiosité durant les cours… Le dévouement et le travail spécifique et individuel, dans la mesure du possible: «Chaque fois que j’en ai eu l’occasion, j’ai donné à chaque élève un problème à résoudre… Comme faisait mon oncle, dont j’ai appris énormément». Sans oublier «ce que l’on appelle aujourd’hui les activités complémentaires», qui occupaient une part importante de l’activité de Lola Velasco. Elle, elle aimait beaucoup peindre, broder, coudre… Une passion qu’elle a transmis à tous ses élèves, des milliers, les invitant tous à faire les choses qui leur plaisent. «Car, le temps s’écoule» et «on n’a pas de temps à perdre». Tous ces maîtres et maîtresses de la République, qui vivaient pour l’école, le savaient bien...

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